Alors que le marché de la transaction et de la location immobilière ralentit, le repérage avant-travaux (RAT) reste en plein essor. Les chiffres de l’Ademe, repris par l’étude Xerfi sur le marché du désamiantage, montrent que seulement 17 % du gisement d’amiante a été retiré des constructions françaises. Cette situation crée un potentiel important pour le RAT, notamment dans les opérations de rénovation énergétique et les projets d’aménagement.
Olivier Héaulme, directeur d’Aléa Contrôles et de Diagamter, souligne : « Depuis l’arrêté de 2019, toutes les réglementations sont passées en revue, y compris pour les navires, aéronefs et génie civil. Le volume potentiel du marché est gigantesque. Ne pas savoir qu’un RAT est obligatoire en 2024 est une faute. »
Michel Butti (Maine Entreprise Service) confirme : « Le marché est dynamique et le restera, avec des travaux constants pour transformer ou rénover les bâtiments, entretenir les réseaux existants ou installer la fibre, notamment dans les centres anciens où le m² est le plus élevé. »
L’actualité renforce également la visibilité du RAT : l’incendie de Notre-Dame a mis en lumière les polluants dans le bâtiment, en particulier le plomb, rappelant l’importance de la prévention. (Assist’Amiante)
📈 Un marché à fort potentiel de croissance
Selon Acceo, en 2019 le taux de pénétration du marché était estimé à 70-80 % du potentiel réel. Les deux segments principaux restent :
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La rénovation énergétique, qui mobilise massivement les diagnostics avant travaux.
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La gestion des friches industrielles, encore très peu exploitées.
Maëlig Fremont, directeur métier amiante chez Acceo, anticipe que le RAT restera un marché actif dans les 20 prochaines années. Les particuliers font de plus en plus appel à ces services via les architectes ou Mon Accompagnateur Rénov’, et actuellement 50 % des devis concernent des copropriétés.
Cependant, la demande des collectivités connaît un léger tassement, comme le constate Stéphane Reyssent (Démoldiag), notamment auprès des conseils régionaux et départementaux.
⚖️ Des donneurs d’ordre aux pratiques variables
Nicolas Joly (Semiap/Ingis) constate que, bien que la problématique amiante soit connue, tous les donneurs d’ordre ne maîtrisent pas ses subtilités. Certains appliquent une vraie politique de gestion des risques sur les rénovations énergétiques lourdes, tandis que d’autres subissent le RAT faute d’anticipation.
Depuis 2012, les obligations de formation SS3 et SS4 ont amélioré la sensibilisation des professionnels, et les unités de contrôle mettent en place des vérifications sur les chantiers. Cependant, le RAT reste parfois perçu comme une contrainte financière, car la découverte de matériaux amiantés augmente le coût du désamiantage.
💰 Des prestations rentables pour les opérateurs
Comparé aux diagnostics avant-vente classiques (250 à 400 €), un RAT peut facilement atteindre 1 200 €, offrant ainsi une meilleure marge pour les diagnostiqueurs.
Mais ces missions sont également plus complexes : elles nécessitent davantage de travail en amont, de recherches documentaires, de visites préalables et de prélèvements. Par exemple, pour une tour de 150 logements sociaux, il peut y avoir entre 200 et 300 prélèvements.
Les opérateurs élargissent aussi leur champ d’intervention aux enrobés intérieurs (cours, parkings) et aux installations comme les ombrières photovoltaïques, permettant de coupler le RAT bâtiment et le RAT des espaces extérieurs.
Dans les secteurs industriels, l’arrêt d’une ligne de production coûte cher, ce qui pousse à réaliser les RAT rapidement et avec précision. Selon Antoine Pietrini (Assist’Amiante), la qualité technique prime sur le prix, car un rapport fiable permet d’éviter les mauvaises surprises.
✅ En résumé
Le repérage avant-travaux est un marché solide et en pleine croissance, soutenu par :
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la rénovation énergétique et la réhabilitation des bâtiments anciens ;
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la réglementation stricte sur l’amiante et le plomb ;
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la demande croissante des particuliers et copropriétés ;
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des prestations à forte valeur ajoutée pour les opérateurs.
L’avenir du diagnostic s’organisera donc largement autour de l’avant-travaux, avec une exigence accrue sur la qualité technique et la prévention des risques.
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